L’église
Première Paroisse de la vallée, et siège de l’église-mère, dont l’origine n’est pas connue. Détruite et reconstruite plusieurs fois au fil des siècles, l’église actuelle date de 1684/85. Rebâtie à la diligence du Curé de l’époque : l’abbé PAGNANT, elle a conservé toutefois la porche Roman (XIIème / XIIIème siècle). La Nef est du style Roman alors que le Chœur est Gothique. Dotée depuis 1732 d’un orgue grâce au don de l’abbé Georges d’OGERON, curé de Ramonchamp de 1735 à 1785.
Le vitrail du fond du chœur, représentant les Saints Patrons de Ramonchamp ; Saint Remy et Saint Blaise ; est le seul vitrail rescapé de l’explosion du Pont Saint-Remy en octobre 1944. Également à droite du Chœur, l’EMAIL (fenêtre borgne), présentant la crucifixion de Jésus. L’Ambon quant à lui, a été vandalisé lors de la Révolution.
Dans cette église se trouve 3 fosses vides :
- Une, sous l’Autel (provenant de la partie basse de l’ancien Maître Autel daté de 1905) où était placé le cercueil du curé et duc de Lorraine, Charles PAGNANT.
- Une cave fermée, Sainte-Christie, par une pierre où se trouve un escalier et une trappe en bois clouée.
- La dernière fosse est une crypte où se trouvait la tombe du 1er curé, Charles PAGNANT. Il y reste sa pierre tombale, vandalisée il y a peu, aujourd’hui condamnée.
- Dès lors que la Lorraine est redevenue française, la Chaire a été offerte par le Duc LÉOPOLD de Lorraine (1679/1729) au curé PAGNANT après la reconstruction de l’église.
- Le dossier présente l’aigle Bicéphale, emblème des HABSBOURG d’Autriche, et rappelant l’alliance de ces derniers avec la Maison de Lorraine. Le tout est surmonté d’une couronne ducale.
L’ancienne filature
La société Fritz Koechlin (SFK) a acheté en 1897 les terrains à proximité de la voie ferrée pour y implanter une filature et un tissage. Dans ces bâtiments, les habitants de RAMONCHAMP se sont succédés à la tâche pendant plus d’un siècle. Bien qu’ils soient aujourd’hui très dégradés, on peut encore admirer le potentiel à renaître de ces bâtiments qui exposeraient alors de grandes baies vitrées aux encadrements de briques, une toiture en sheds spécifique des anciennes usines, un petit bâtiment d’accueil avec un clocheton, une entrée majestueuse.
Le tissage
La filature de Ramonchamp figure en bonne place dans le classement de ces friches industrielles au passé glorieux. Une vaste zone où plusieurs bâtiments avaient été construits pour répondre aux besoins d’époques différentes. Cette carte postale représente le tissage de l’État de Ramonchamp. Il appartenait jusqu’à la fin des années 1920 à la firme Juillard et Fils. Il fut racheté ensuite par le groupe textile « Les Successeurs de Fritz Koechlin ». Lorsque la guerre éclata en 1939, l’ensemble des usines du groupe travaillèrent pour l’Intendance militaire française jusqu’en juin 1940 (période où survint la pénurie de matières premières). Pendant la guerre, Ramonchamp fut particulièrement touchée, et les unités de production de la société ne reprirent un rythme normal qu’en 1949. Le tissage de l’État fut agrandi en 1971 et 1973 suite à la fermeture de l’usine de Fresse appartenant au groupe Koechlin qui n’était plus rentable. Ce tissage est désaffecté depuis le début des années 2000






La libération de Ramonchamp

Des écrits sur la dernière guerre, certes, il y en a déjà eu. Ramonchamp, pendant cette guerre, on l’a, oui, c’est vrai, déjà évoqué. Dire que l’on a déjà tout écrit sur cette période, difficile de le croire tant les épisodes sont nombreux et souvent, trop durs à raconter.
Mais de toutes les épreuves que traversa notre cher village, les 67 jours de l’automne 1944 furent sûrement les plus terribles. De la nuit du 21 septembre au 26 novembre, ce ne fut que morts, blessés et dévastations avec un bilan très lourd :
– 16 tués, 30 blessés, parmi les victimes civiles.
– 37 immeubles sinistrés totalement.
– 35 autres très gravement touchés et inhabitables.
– 103 partiellement touchés et réparables soit 175 immeubles atteints, abritant 63 % des foyers de la commune.
Le débarquement en Normandie le 06 juin 1944 marque un tournant décisif dans la guerre. Paris est libéré fin août et les Allemands refluent vers l’est. Alors qu’ils se trouvent à Ramonchamp, ils reçoivent l’ordre de Himmler, alors en visite d’inspection dans l’Est, de ne plus reculer : les Allemands d’un coté, les alliés de l’autre et notre village au milieu.
Il y a eu plusieurs écrits sur cette triste période, notamment par notre regretté Gustave POIROT (Gusty) qui nous a quittés le 08 août 2013 à l’âge de 91 ans. C’est pourquoi, ici, il nous a semblé judicieux de vous présenter cette période à travers la vie des habitants.
Une attention particulière a été portée sur l’exactitude des dates. Toutefois, les témoins rencontrés étaient bien jeunes à l’époque. Cela peut expliquer quelques approximations.
Ces dix témoignages qui vont suivre c’est tout simplement rendre hommage à ces héros, leur vie pour tout simplement vivre ou survivre. Cela n’enlève rien bien sûr aux témoignages militaires, un grand respect à toutes ces personnes qui ont combattu, et même, donné leur vie pour notre liberté, mais cette vision, disons civile, de l’intérieur, donne une autre dimension à cette guerre. Cela fait partie du devoir de mémoire, tout simplement.
Le premier témoignage, celui de la famille DUHOUX dans la tourmente.
outes les familles ont souffert mais, pour la famille DUHOUX, ce fut particulièrement terrible : Léon, le chef de famille et le fondateur de la scierie en 1934 fut, le 28 septembre, la première victime civile de cette période.
A ce moment là, toute la famille : Léon, son épouse Eugénie et leurs 3 enfants : Robert 22 ans, Odette 18 ans et Thérèse 17 ans s’était réfugiée chez René NOËL, actuellement l’Auberge de Morbieux au 54, rue de Morbieux.
Le 28 septembre, il fut décidé d’aller chercher les affaires de la famille depuis la ferme de René. Celui-ci attela son bœuf et se mit en route le matin-là. En les voyant descendre, un Allemand en poste dans la ferme REMY, ferme située juste en face, de l’autre coté du vallon dit : Ce soir, bœuf kaputt (bœuf fichu).
Le soir, Léon et l’attelage repartirent seuls vers la ferme de René, celui-ci ayant été retardé au village. C’est sur le plateau des Planesses, entre la croix et la ferme TROMMENSCHLAGER au n° 43, que le drame eut lieu. L’artillerie américaine, en poste à Linqueny, mont en vis à vis de Morbieux par rapport à la Moselle, cru que Léon transportait des munitions pour les Allemands, (la forme du chargement, des caisses, pouvant prêter à confusion). Trois obus suffirent à tuer Léon et le bœuf.
C’était à 43 m de la croix, selon l’indication fournie le 26 janvier 2016 par Raymond TROMMENSCHLAGER qui est de la 46.
Il avait 18 ans à l’époque et il avait assisté à toute la scène avec son frère Armand. Méprisant le danger d’un possible quatrième obus, ils se portèrent au secours du pauvre Léon, mais en vain.
Ce fut le premier mort de cette terrible période. Léon fut mis en bière chez René et les gens vinrent, malgré le danger, jeter de l’eau bénite. L’enterrement fut réduit à sa plus simple expression : les 4 porteurs précédés d’Albert MAURICE porteur d’un grand bâton dont l’extrémité était garnie d’une toile blanche.
Seuls Robert, le fils et M. JORDAN un voisin suivaient les porteurs. En raison du danger, le cortège ne passa même pas à l’église. Albert devait bien penser qu’il avait échappé à la mort de peu. En effet lorsque Léon était passé devant sa maison au 29, rue de Morbieux, Albert l’avait suivi afin d’aller rejoindre sa mère qui se trouvait dans la ferme voisine de René NOËL. Arrivé devant la ferme suivante, chez Victor FAIVRE à environ 200 m de chez lui, Albert se souvint que sa mère lui avait demandé de lui amener une lampe à pétrole. Il retourna aussitôt chez lui chercher cette lampe et, le temps de rejoindre Léon, le drame s’était joué.
Prémonition ? Hasard ? Toujours est-il que Léon, qui ne se rasait que le samedi, s’était rasé ce jeudi matin-là. Il avait même de changer de vêtements !
Léon fut la seule victime à être enterrée directement au cimetière. Pour les autres, là aussi en raison du danger, elles furent, dans un premier temps, enterrées dans leur jardin ou laissées dans leur maison, à la cave par exemple, en attente de jours plus propices.
Une stèle posée en septembre 2015, à quelques mètres de la Croix des Planesses à Morbieux, rappelle cet événement tragique du 28 septembre. Léon laissait une famille éplorée, certes, mais une famille solide, une famille aimée, une famille respectée. La meilleure preuve en est le formidable essor de la scierie qu’il avait crée, essor dû aux grandes qualités de son fils Robert et de son petit-fils Francis.
Le samedi 07 octobre et suivants, leur cave sert d’infirmerie et, hélas, de morgue après que le char Jourdan fut détruit par l’ennemi en face de la boucherie 22, rue d’Alsace.
Dans la nuit du 15 octobre, il y eu l’incendie de la maison et de la scierie, et, fin octobre, de la cave dans laquelle avaient été remisé quelques biens. Toutes ces circonstances amenèrent la famille à déménager 9 fois pendant cette période trouble : chez René NOËL au début de septembre, retour à la maison le 01 octobre, chez Mathilde MAURICE au 29, rue de Morbieux le 08 octobre, à Rupt sur Moselle le 15 octobre puis Cleurie, Saint-Amé, Vecoux, Maxonchamp pour revenir à l’Étraye une fois Ramonchamp libéré.
Il y avait eu un prisonnier allemand se prénommant Gustav. Il avait 5 frères à la guerre et n’avait qu’une aspiration, celle de terminer la guerre bien vite. Il était affectueux puisqu’il appelait Eugénie » Moma « , que l’on pourrait traduire par » Mamy » et très volontaire au travail. En effet, dès qu’il voyait Eugénie faire quelque chose d’un peu pénible, il prenait aussitôt sa place. Il disait souvent : Guerre pas bon, guerre pas bon.
La seule note optimiste pour la famille DUHOUX est la belle rencontre que fit, à la Libération, Odette avec un engagé volontaire qui venait d’être libéré. Il habitait les Bouches du Rhône et il passait quelques jours de détente chez sa tante, une voisine. C’était un certain Germain REY. Il était bel homme, il avait l’accent chantant et il sut conquérir le cœur d’Odette. Avec elle, il fonda une famille, bien dans la tradition de la famille DUHOUX.


Le deuxième témoignage, L’hospitalité de René NOÊL
Robert, qui est de la 56, est le fils de René et Marthe NOËL. Ils habitaient au 54, rue de Morbieux, lieu de l’Auberge de Morbieux. Il n’avait que 8 ans à l’époque mais il se souvient très bien de tous ces gens qui étaient venus se réfugier chez ses parents. Il y en avait au moins une quinzaine. Ils dormaient dans le foin du grenier ou dans la grange.
Devant le danger, chacun se débrouillait comme il pouvait : ceux qui avaient de la famille ou des amis hors de Ramonchamp y allaient. Il y avait également les maisons moins exposées que d’autres telle celle de René, que nous avons déjà évoquée au sujet de Léon DUHOUX. Enfin, il y avait ceux qui restaient dans leur maison, avec tous les dangers que cela comportait.
En règle générale, la colline de Morbieux était moins exposée aux obus de par son orientation, pratiquement perpendiculaire à la vallée alors que la colline de l’Étraye était plus vulnérable car elle fait face à la vallée. D’ailleurs, si il n’y eut pas de ferme de détruite à Morbieux, Il n’en fut pas de même à l’Étraye avec les fermes Émile NOËL, au 43, Joseph PIVEL (jamais reconstruite), Joseph CHEVRIER au 9, chemin de l’Étang, Charles JOLY, au 11, chemin de l’Étang, celle au 2, chemin de l’Étang où habitait Emile CUNAT et d’autres bien abîmées. Les réfugiés apportaient leur nourriture mais la cuisine et les repas se faisaient en commun.
Cela faisait une belle animation dans la maison à un point tel qu’un jour du mois de septembre, les Allemands vinrent à la ferme pour y installer leur poste de commandement et, concomitamment, leur radio. A cause du brouhaha ambiant, ils durent renoncer car les opérateurs radio ne pouvaient pas entendre correctement. Ils allèrent alors s’installer dans une ferme voisine avant de quitter, fin septembre, sous la pression alliée, la colline.
Puis les Tabors arrivèrent. Il y avait avec eux un Allemand déserteur, las de la guerre. Il se comportait comme un Français. Un jour, il fut décidé de faire des postes de garde au-dessus de la maison afin de prévenir un repli des Allemands combattant à la Flaconnière. Cet Allemand prit son tour de garde comme un Français et ceci, sans incident. Une autre fois, un autre Allemand se rendit.
Était-il sincère ou était-ce un espion ? Les Tabors le firent interroger par cet homme qui conversa avec le fuyard en allemand. À la fin de l’entretien, il dit aux Tabors, en faisant la » lemeuche » : Pas bon camarade, pas bon camarade.
Les Tabors, se fiant à son appréciation, n’insistèrent pas et firent remettre le fuyard aux soldats de l’arrière.


Le troisième témoignage, les souvenirs de Jean MAURICE.
Dans certaines maisons dont la porte d’entrée donnait sur les lignes allemandes, les gens passaient par une fenêtre à l’arrière afin de ne pas être vus et évitaient ainsi de se faire tirer dessus. Certains allaient même, dans le même but, arracher les pommes de terre la nuit, afin de se nourrir.
Les habitants dormaient souvent dans les caves afin de se protéger des obus. Jean MAURICE, de la 55, fils d’Arthur, qui fut maire de notre commune de 1961 à 1977, se souvient que, suite au conseil de voisins, lors des bombardements, sa famille se réfugiait à l’extérieur, au-dessus de la maison du 36, rue de Morbieux. Cette façon de faire partait du principe que c’était les habitations qui étaient visées. D’autre part, dans les caves, il y avait toujours le risque de voir la maison s’effondrer sur celles-ci. Il se souvient également du bruit du départ des obus, leur sifflement, leur couleur rouge et le bruit infernal lorsqu’ils explosaient autour d’eux. Cette situation se reproduisit trois fois environ.
Jean évoque également la réquisition de 200 vaches. Cette réquisition eut lieu dans les fermes, une ou deux vaches selon l’importance de la ferme. Ces vaches furent rassemblées au Thillot, au parc Bluche précisément. De là, une dizaine d’hommes était désignée pour les conduire, à pied, à Belfort (soit 40 km environ). Certains étaient en sabots. Le départ eut lieu le vendredi 22 septembre.
Les vaches mangeaient l’herbe sur le parcours, certaines s’aventuraient sur les pentes et tombaient sur les rochers où elles étaient laissées. Ce fut une grosse perte car il n’en restait qu’une centaine à l’arrivée et, il faut le savoir, seules les bêtes arrivées à bon port étaient payées aux cultivateurs.
Arrivés à Belfort, les accompagnateurs furent payés tout de suite pour la (ou les deux) vache(s) de leur exploitation qu’ils avaient amenée(s) au parc Bluche. Les autres durent attendre bien longtemps ce paiement, ce qui occasionna, parfois, quelques » frictions » entre voisins cultivateurs. Ils repartirent ensuite, toujours à pied, à Ramonchamp. Cette expédition dura une huitaine de jours.
Pendant cette période, Hélène, la mère de Jean se retrouvait seule à la ferme avec ses 6 enfants. Ce n’était pas toujours facile et, de ce fait, elle n’était pas très rassurée. Ainsi ce midi où elle vit arriver plusieurs Allemands qui voulaient à manger. Ils n’étaient pas arrogants mais plutôt lassés de cette guerre. Il y avait un quart d’heure qu’ils étaient là lorsque les obus se sont mis à tomber. Ils portèrent Janine, 3 ans, et Elizabeth, 1 an, à la cave.
Au début de cet article, il a été question d’Albert MAURICE. Ce n’était pas la même branche qu’Arthur. Albert était un Jean-Tomé, de la branche Jean-Thomas MAURICE (Thomas, en patois local, se dit Tomé) né en 1753 et Arthur de la branche d’une fille à Jacques AMET qui était né vers 1730.


Le quatrième témoignage : Le poste de commandement et l’infirmerie chez Paul DAVAL !
La vie était différente pour certains voisins, à 100 m de là, au 38, rue de Morbieux. En effet, la ferme de Paul et Alphonsine DAVAL était la plus proche de la ligne de front. De ce fait, c’était là que les soldats français avaient installé leur poste de commandement. Leur infirmerie était au poéle (on appelait ainsi la chambre dans laquelle la famille se tenait l’hiver). La cadette de la maison, qui était âgée de 15 ans, se souvient très bien du médecin-major qui allait au-devant des blessés et les ramenait sur ses épaules. Il les installait où il y avait de la place. Il est arrivé qu’il en installe dans le lit de Paul et d’Alphonsine.
Il y avait là le Corps-Franc Pommiès, la Légion Étrangère et les Tabors. « Il y en avait partout des soldats » se souvient, celle qui, à l’époque, était une adolescente et 30 à 40 dormaient sur le foin. La grande hantise d’Alphonsine, était qu’un soldat mette le feu en fumant sa cigarette car cela était déjà arrivé ailleurs. L’un d’eux, essaya de la rassurer en lui disant que, si cela se produisait, il serait 20 pour éteindre l’incendie ; mais cela ne rassurait pas pour autant la brave femme.
Fonsine, comme tout le monde l’appelait affectueusement, avait un autre souci. Comme la maison était particulièrement exposée aux obus, son mari avait clairement dit, en bon paysan attaché à sa terre, qu’il ne la quitterait jamais, quelles que soient les circonstances. Elle fut vite rassurée par les soldats qui lui dirent que, si cela se produisait, ils emploieraient au besoin la force afin de ne pas laisser son mari dans un tel danger.


Le cinquième témoignage, Jean-Paul FÉLIX, de ses souvenirs….
Comme Jean-Paul est de la 57, il avait 7 ans à l’époque et habitait, avec sa famille, au 15, rue des Fontaines. Pour lui, la guerre commença lorsqu’il vit tomber des obus dans le pré au-dessus de la ferme occupée actuellement par Bernard HOUBRE à la Colline. Le premier obus tomba loin au-dessus et, ensuite, chaque obus se rapprochait jusqu’à ce que le dernier tombe en plein sur la ferme, provoquant une fumée rougeâtre que Jean-Paul pense être causée par les tuiles pulvérisées. À partir de ce jour, la famille, Jules et Georgette les parents, Charlotte la sœur et Jean-Paul couchèrent à la cave et, d’après l’initiative de Georgette, habillés afin d’être plus réactifs en cas d’urgence.
Il se souvient de 2 anecdotes concernant des soldats français.
En date du dimanche 08 octobre en fin d’après-midi, un jeune soldat de 18 ans, peu assuré et pas du tout rassuré, vint en patrouille s’enquérir de la présence éventuelle de soldats allemands dans la ferme et aux alentours. Comme il n’y en avait pas, il repartit aussitôt. Le lendemain lundi 09, à la nuit tombante, Jules entendit frapper à la porte. Il alla ouvrir et reconnut le jeune soldat de la veille. Soudain, il y eu le bruit terrible d’une rafale qui atteignit le pauvre soldat. Il eu encore la force de faire quelques pas en direction d’une autre porte avant de s’écrouler, mort. Il avait 18 ans et il était de Luxeuil les Bains.
La deuxième anecdote n’est pas plus réjouissante :
3 goumiers (soldats d’Afrique du Nord) vinrent en patrouille. Il leur fut proposé de faire cuire une poule. Comme les 3 goumiers plumaient la poule au milieu du charri, des coups de feu se font entendre. Les goumiers quittent précipitamment la maison en assurant Georgette de leur retour le lendemain afin de manger la poule. L’un des trois entre dans une maison voisine dans laquelle (mais il l’ignore), se trouvent plusieurs soldats allemands. Par chance, ceux-ci ne se rendent compte de rien. La propriétaire cache le goumier 3 semaines sous un lit, au nez et à la barbe de l’occupant, le faisant quitter ce lieu seulement la nuit, juste le temps de se restaurer et d’aller aux toilettes. La suite est moins drôle pour les deux autres goumiers : fidèles à leur dire, ils reviennent le lendemain afin de manger la poule. Ils n’atteindront jamais la maison, étant atteints eux-mêmes par les balles de l’ennemi posté à proximité.
Jean-Paul se souvient de ce voisin plein d’humour qui, après la guerre, se vantait, pour plaisanter, d’avoir deux trous de balle. Nous ne nous attarderons pas sur le premier. Pour le deuxième, ce voisin l’avait eu ce dimanche 08 octobre : il avait vu au sol un pistolet. Il se pencha pour le ramasser. C’est ce moment précis que choisit un tireur allemand. La balle lui traversa une fesse. Heureusement qu’elle ressortit car cela a facilité les soins, surtout à cette époque.
Le mercredi 11, dans l’après-midi, la ferme MONTÉMONT, au 2, rue du Ménil, brûla. Pierre, l’aîné, courut rejoindre son père qui était, avec les soldats français, du côté de l’ancienne épicerie ROLLOT au 27, rue d’Alsace. Un officier présent donne alors l’ordre à Pierre d’aller dire à Jules et à sa famille qu’ils ont 15 mn pour évacuer la ferme et, que, passé ce délai, il la bombarde. Le temps de récupérer quelques affaires et de détacher la vache qui n’avait pas été réquisitionnée, toute la famille part, avec la vache et à travers prés, en direction du village. Arrivée là, le temps de confier la vache à un cultivateur proche, la famille est embarquée dans un dodge, camion de l’Armée, qui les emmène à Saulx, soit 6 km environ, passer la première nuit dans la ferme de la famille BONTEMPS. Le lendemain, Jules retourne à pied à Ramonchamp rechercher la vache. Pendant ce temps, Georgette, Charlotte et Jean-Paul partent, à pied également, à Saint-Nabord qui est à une vingtaine de kilomètres de là, chez la sœur de Jules. Jules les rejoindra un peu après, ayant fait le même trajet, également à pied et avec la vache. Ils n’en reviendront qu’après la libération de Ramonchamp. Ce fut une alerte vaine car, si les alentours de la ferme furent copieusement » arrosés » par les obus, aucun ne tomba sur la ferme.


Le sixième témoignage : Les souvenirs d’André BLAISON et de son épouse Monique née FRATTINI
André se souvient très bien de cette période car, étant de la 53, il avait 11 ans à l’époque. Avec ses parents Georges et Eugénie et ses 7 frères et sœurs, il habitait dans la ferme familiale au 40, rue de l’Étraye.
Il y avait également cette famille de cultivateurs du Thillot qui était venue fin septembre, à 5 personnes, se réfugier, avec leurs bêtes. L’entraide marchait à fond à cette époque. Pour loger leurs vaches, Georges n’avait pas hésité à mettre son chariot dehors, donc à la pluie, pour libérer le hangar afin de loger les vaches. Pour les nourrir, soit les gens apportaient leur foin, soit ils tiraient dans le tas de la maison. Comme les chevaux étaient très prisés par les Allemands, ces gens avaient caché le leur dans le hangar de la ferme de Joseph PIVEL. Lorsque celle-ci brûla, Joseph ouvrit les portes du hangar. Le cheval s’enfuit à Remanvillers dans une ferme et ne fut retrouvé qu’après la libération de Ramonchamp. Lorsque la situation s’aggrava, cette famille quitta la ferme, avec les bêtes, pour aller dans de la famille à Vecoux.
Peu avant le 08 octobre, les Allemands quittèrent eux aussi la ferme dont un, avec un seau hygiénique émaillé remplit d’œufs récupérés dans les fermes environnantes.
Le lendemain de la contre-attaque du dimanche 08 octobre, Georges envoya Eugénie et les plus jeunes enfants chez des cousins à la conciergerie de la Petite Usine de Remanvillers. Ils y restèrent 3 ou 4 jours pour aller ensuite chez Paul DAVAL au 38, rue de Morbieux où ils restèrent 8 jours environ et ensuite dans la ferme où René LEVREY devait habiter par la suite, entre les collines de Morbieux et de Remanvillers. Ils y restèrent jusqu’à la libération de Ramonchamp. Georges était resté dans sa ferme afin d’éviter le pillage.
Quant à Monique, le parcours fut un peu identique : ses parents, Roger et Léontine s’étaient réfugiés avec leurs deux enfants, Monique et Daniel, dans la ferme se trouvant dans le creux derrière la ferme TROMMENCHLAGER, non loin du ruisseau de Morbieux. Il y avait là également Joseph PIVEL et son épouse Adeline dont la ferme avait brûlé le 14 octobre.
Ce jour-là, des soldats du Corps Franc Pommies étaient arrivés depuis le haut du pré en tirant. Ensuite, ils s’étaient mis à l’abri derrière la ferme. C’est probablement pour les en déloger qu’un obus fut tiré et mit le feu à la ferme.

